L’ancien président nationaliste ivoirien Henri Konan Bédié, qui n’avait pas exclu la possibilité d’un retour au pouvoir même dans ses derniers jours, est décédé à l’âge de 89 ans, a annoncé son parti. Le « Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) est profondément attristé » d’annoncer le « décès subit » de Bédié à l’hôpital d’Abidjan mardi, indique-t-il dans un communiqué.
Une foule avait commencé à se rassembler devant sa résidence de la capitale, a indiqué un journaliste de l’AFP.
Politicien de carrière né en 1934 dans une famille de planteurs de cacao, Bédié a été le successeur choisi du père fondateur de la Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny, qui a régné sur la nation ouest-africaine depuis l’indépendance de la France en 1960 jusqu’à sa mort en 1993, à l’âge de 88 ans.
Bedie a été président de 1993 à 1999, date à laquelle il a été renversé par l’armée lors du tout premier coup d’État du pays. Surnommé le « Sphinx de Daoukro » du nom de sa ville natale et de son économie avec des mots, Bedie a fait preuve d’une habileté pour la survie politique. Il a tenté en vain de revenir en tant que président en 2000, 2010 et 2020.

« Pour nous au PDCI, l’âge est un atout. L’âge unit l’expérience et aussi la compétence », a déclaré Bédié aux journalistes avant l’élection présidentielle d’octobre 2020, remportée par l’actuel président Alassane Ouattara au milieu d’un boycott de l’opposition. Bedie est arrivé troisième avec 1,7% des voix. Bédié, dont la rivalité avec Ouattara remonte à trois décennies, n’avait pas exclu de se présenter à la prochaine élection présidentielle du pays en 2025.
La principale influence de Bédié sur la politique nationale avait été de promouvoir « l’ivoirité » (l’ivoirité) – la notion d’identité nationale et d’économie nationale dans un pays comptant des dizaines de groupes ethniques.
La politique nationaliste discriminait les immigrés en faveur des personnes ayant deux parents ivoiriens, affectant d’innombrables travailleurs dans les plantations de cacao du pays. Bédié et d’autres dirigeants politiques avaient tenté d’utiliser cette mesure pour empêcher Ouattara, qui était censé avoir un père originaire du Burkina Faso voisin, de se présenter à la présidence en 1995.
La mesure était contraire aux efforts soutenus de Houphouët-Boigny pour maintenir l’unité et a joué un rôle dans le conflit armé et les troubles qui ont éclaté en 2000 et se sont terminés en 2011.
Bédié est arrivé troisième aux élections présidentielles de 2010, derrière Ouattara et le président sortant Laurent Gbagbo. Il a soutenu Ouattara dans la crise post-électorale et pendant ses six premières années au pouvoir, mais s’est de nouveau brouillé avec lui.
L’octogénaire rusé avait su décourager toutes les tentatives des jeunes générations de le remplacer au sein de son parti, qui l’avait désigné comme son candidat pour le scrutin de 2020. Un cadre du parti s’est dit « un fin tacticien qui a traversé toutes les tempêtes » et a su convaincre « les jeunes loups » du PDCI de le soutenir à nouveau.













