À Koliagbé, près de Kindia, un grand hangar de transformation de fruits reste fermé depuis des années. Ses propriétaires, la famille Nabé, ne s’y résignent pas. Épaulée par le Réseau des femmes de Guinée pour un développement intégré (REFGUIDI), elle frappe aujourd’hui à la porte des pouvoirs publics et des bailleurs pour remettre NabeKam, en route.
L’histoire remonte à 1988, raconte Hadja Mbalou Nabé, dont le père figure parmi les fondateurs. Les mangues, les bananes et les ananas transformés ou expédiés frais prenaient alors la direction de la France, des Pays-Bas et de l’Angleterre. Selon elle, ce sont des règles européennes visant certains produits employés dans la transformation qui ont fini par couper ce débouché.
Sur place, Abdoulaye Nabé, déjà employé à l’époque, retrace le parcours des lieux. Les deux cofondateurs, M. Nabé et Kamano , voulaient avant tout donner du travail aux habitants du village. Vers 1999, ils ont repris une affaire exploitée jusque-là par un Français, puis fait bâtir en 2000 un hangar de 1 080 mètres carrés. Les cartons encore entassés dans l’enceinte servaient à emballer les fruits frais destinés à l’export, et les caisses à les récolter.
Le bilan humain pèse dans la démarche. D’après Hadja Mbalou Nabé, l’usine occupait une quarantaine de salariés, dont environ vingt femmes, et accompagnait des planteurs de mangues, de bananes et d’ananas. Elle affirme que du matériel, du personnel et un savoir-faire sont toujours disponibles, et plaide pour que les femmes soient au cœur de la relance. Pour elle, une bonne part de la production fruitière se perd faute d’outil de transformation.
Rokiatou Kaba, présidente du REFGUIDI, dit avoir entendu de nombreuses femmes lier leur quotidien à l’usine : « Il y a des centaines de femmes qui nous ont fait comprendre que l’éducation de leurs enfants, leur nourriture et leurs vêtements dépendaient de cette société. » Son réseau rend visite à des groupements et à des coopératives pour les présenter à des institutions, des ONG et des partenaires. Il ne finance pas lui-même les projets, précise-t-elle.
Rien n’est encore daté. Avant toute reprise, le site doit être nettoyé et remis en état, et des partenaires doivent s’engager. Reste à savoir si les moyens suivront pour redonner vie à NabeKam.













