La junte guinéenne réquisitionne l'armée face aux protestations et menace d'appliquer la loi antiterroriste
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La junte guinéenne réquisitionne l’armée face aux protestations et menace d’appliquer la loi antiterroriste

La junte au pouvoir en Guinée a réquisitionné l’armée mercredi face à de nouvelles manifestations de l’opposition et a menacé d’appliquer des lois antiterroristes prévoyant jusqu’à la réclusion à perpétuité contre les responsables d’une « situation de crise ».

Un correspondant de l’AFP a signalé la présence de bérets rouges et de véhicules et blindés de l’armée dans la banlieue de la capitale Conakry, où l’opposition a appelé à deux jours de manifestations mercredi et jeudi.

L’appel à manifester a semblé être peu fréquenté dans les rues.

Le service de surveillance d’Internet NetBlocks a déclaré sur les réseaux sociaux que l’accès à diverses plateformes avait été restreint.

Le ministre de l’Administration territoriale, Mory Condé, a déclaré dans un communiqué lu à la télévision nationale mardi soir que les manifestations de l’opposition sont l’occasion d’une « véritable guérilla urbaine » où les manifestants, « avec une violence sans précédent, font régner la terreur » et attaquent les forces de sécurité avec des « moyens meurtriers ».

« Nous avons pris la responsabilité légale par réquisition (…) en date du 15 mai 2023 de demander l’assistance des forces armées pour soutenir les forces de police et de gendarmerie qui étaient en difficulté (pour) maintenir et rétablir l’ordre public », indique le communiqué. .

La junte guinéenne réquisitionne l'armée face aux protestations et menace d'appliquer la loi antiterroriste

Le ministre a brandi la menace d’appliquer les lois anti-terroristes qui prévoient la réclusion à perpétuité à l’encontre de quiconque commet un acte mettant en danger la vie ou la liberté d’autrui dans l’intention « d’intimider, de provoquer une situation de terreur, de créer un sentiment d’insécurité au sein de la population ». », exerçant des pressions sur l’État ou créant « une situation de crise au sein de la population », selon les articles du code pénal lus à la télévision.

La loi s’applique à toute personne qui parraine, finance ou encourage de tels actes, précisent les textes.

La Guinée est dirigée par une junte qui a pris le pouvoir par la force en septembre 2021 sous la direction du colonel Mamady Doumbouya.

Les militaires ont accepté sous la pression internationale de passer la main à des élus civils d’ici fin 2024, le temps de mener de profondes réformes, disent-ils.

La junte a arrêté un certain nombre de dirigeants de l’opposition et engagé des poursuites judiciaires contre d’autres. Il a interdit toutes les manifestations depuis 2022.

L’opposition dénonce le comportement autoritaire et, selon elle, exclusif de la période dite de transition censée précéder le retour des civils. Les tentatives de dialogue et de médiation récentes des chefs religieux ont échoué.

L’opposition a appelé à manifester mercredi et jeudi pour exiger l’arrêt de poursuites judiciaires « fantaisistes », le rétablissement du droit de manifester et l’ouverture d’un véritable dialogue sous la présidence de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest.

Les manifestations précédentes ont fait plusieurs morts parmi les civils. Dans un pays avec une longue histoire de violence politique et de régimes autocratiques, les forces de sécurité sont depuis longtemps accusées par les militants des droits de l’homme de recours excessif à la force et d’impunité.

Le ministre de l’Administration territoriale impute les violences commises lors des manifestations sous la junte à « certains individus venus de l’étranger (…) avec le soutien de certains acteurs politiques ». Il n’a pas précisé.

L’ancien président Alpha Condé, qui sera renversé en 2021, et le leader de l’opposition Cellou Dalein Diallo, entre autres, sont à l’étranger depuis plusieurs mois.